2012
La Mare
J’avais de nombreuses références en tête au moment où je composai les images de cette série. Un workshop de Marine Lanier sur la question de l’étrange et du sauvage, le mythe du bon sauvage, le tableau «Ophélie» de Millais (parmi mes préférés, qui me revient souvent en tête), la conception de l’état de nature, ma propre série «Wild», Rousseau, tout ce visuel de films d’horreurs avec des femmes sortant des puits, leurs longs cheveux raides pendant devant leur visage, l'orthographe du mot "étang", et le fort lien, entre religion et mythologie, établit entre Femme et Nature. J’avais aussi et surtout été très marquée par la photographie du film «Le Village» de Night Shyamalan (2004) : des couleurs brillantes, primaires le plus souvent, d’un relief bien plus inquiétant en un sens que les teintes habituellement glauques employées d’ordinaire dans ce type de film. Des rouges scintillants, des jaunes d’or, des verts étincelants. Cet imbroglio d’influences a très largement donné le ton visuel et symbolique de ces photos.
La veille du jour des prises de vue, la nuit, j’ai rêvé d’un caneton que je sauvais de prédateurs divers, parmi lesquels sa mère. Je l’adoptais et il s’accrochait à moi comme un chaton. Puis, au moment de revenir parmi les hommes, l’animal est devenu soudainement fou de peur, se débattant avec violence dans ma poche, et lorsque j’ai voulu le caresser pour tenter de le rassurer, il m’a sauvagement pincé les doigts, resserrant de plus en plus sa prise à mesure que je tentais de le faire me lâcher. Je me suis réveillée à l'instant où j’ai pris conscience que je ne pouvais pas le garder.







